Dehors l’hiver tombe à gros flocons qui ralentissent leur chute pour éviter de finir leur destinée dans les bancs de neige. Cette langueur me donne l’impression d’être coincé aussi dans l’immensité du vide. J’glande sur le divan. Gros samedi soir. Crisse que la vie est plate, une vraie beurrée de marde. Tabarnak! J’veux pas rester pogner dans le néant intestinal de l’existence. Ma blonde a le regard fixé sur le téléviseur, un fond de bol qui regarde un anus déféquant. Heureusement l’appareil est ouvert! Comme tout les estis de samedi soir, on regarde la télé. En fait, elle regarde la télé. Moi, je bois. Je bois trop. Comme d’habitude. Obnubilée par son émission musicale hebdomadaire, ma compagne m’ignore. C’est ça un vieux couple. Elle ignore qu’il boit, il boit parce qu’elle l’ignore. Vise vers ça! Bel et Brun demeure une insupportable entreprise de tout le monde sonne pareil… Ça me dégoûte et me donne soif, comme un vieux couple. Pchchitt! Fait la capsule de la bouteille brune comme un mauvais animateur de mauvaises émissions destinées à un public mauvais. Heureusement, toute mauvaise chose a une fin. Dans un solo de bongo le générique en finit de finir alors que la saveur du mois sourit niaiseusement d’avoir poussé sa dernière chanson de marde. D’un bond celle que j’ai déjà désirée nuit et jour, celle que j’ai voulu prendre par tous les trous, celle qui a fait battre mon cœur, celle qui a été ma raison de vivre, celle là se dirige vers notre chambre. Bonne nuit. Le baiser qu’elle a laissé sur mes lèvres a tellement été furtif que je n’ai rien senti. P’t-être, suis-je un peu affecté par la bière, p’t-être que la neige de notre relation a ralenti au point de coincer dans l’immensité du vide, p’t-être qu’elle sait pas qu’on est des flocons pognés dans l’hiver de notre relation. Pchchitt! Tiens encore une bière pour accompagner ma solitude, pour tromper le vide, pour m’humecter le gosier, pour noyer ma solitude dans une mer de bouteille vide… Igloo! Igloo! Igloo! J’ai beau travailler comme un forcené à faire des igloos, j’ai pas réussi à me noyer, mais des vides il y en a. Je les range dans la caisse avec les précédentes. Titubant comme mon couple je me dirige vers la couche conjugale. Alors, que je m’étends lourdement sur le lit, ensommeillée elle lâche un blizzard : C’est qui? C’EST QUI!?!?!?!? Le mercure chute dans un blizzard conjugal. L’ivresse cède sa place à la colère. Je quitte la chambre Antarctique qui frigorifie mon âme comme mon cœur. Ch’uis en tabarnak! J’me retrouve dans le salon à faire les cents pas. Ours polaire prisonnier d’une sourde colère sans phoque à se mettre sous la dent. Je grogne! Histoire de faire tomber la tension j’entreprends de me branler un coup. J’empoigne mon membre viril glaçon de janvier que je caresse frénétiquement, comme si je voulais le faire fondre. Je me venge de ce ‘’c’est qui?’’ en me masturbant en pensant à n’importe qui : des images de seins rebondis se superposent à des bouches pulpeuses qui me sucent, des sexes béants dégoulinent alors que j’les empale. La violence de mes mouvements ont tôt fait de m’exciter au maximum, dans un guttural grognement polaire, j’éjacule, j’asperge les rideaux. Les étoiles ne scintillent pas. J’écarte les estis d’rideaux, dehors la neige tombe mollement comme mon membre qui pend glaçon fondant. Les étoiles ne scintillent plus, dans un frisson je crains qu’elles ne brillent plus jamais…

