J'ai eu un pincement au cœur quand j'ai su que Gary Carter était parti les pieds devant. Lui et moi, c'est une vieille histoire. Laisse Flash te raconter ça. Tout d'abord quand j'étais enfant j'avais un ami qui s'appelait Gary, comme le ''Kid''. À l'école, on taquinait toujours Gary à propos de Gary, surtout l'été vu qu'on jouait au baseball. Pendant nos récréations, plutôt que de fantasmer sur les Anne-Marie, Stéphanie, Julie, Nancy et Annie, nous jouions au baseball. On aimait ça jouer à la balle. Il y avait JD, Tommy, Bobby, Ghiss, JF, Stef, Fanfois, Flot, Gary et moi. Quelle époque! Ricardo Trogi aurait eu du matériel pour en faire une télé-série de 9 saisons et demi... Passons!
Par un bel après-midi d'automne, j'étais chez Ghiss. Il avait un frère beaucoup plus vieux que nous. Aussi lorsque son grand frère était absent, nous aimions bien aller dans sa chambre regarder ses posters de Kiss pis d'Iron Maiden, nous écoutions ses disques de Rush parce qu'il y avait une chanson qui nous faisait vraiment tripper de peur, pis on se rappelait jamais sur quel album la trouver... Ce jour-là, après avoir écouté notre toune, nous sommes montés regarder le baseball à la télé. C'était l'année où les Expos s'étaient rendus en finale de la Série de Championnat sensé les mener à la Série Mondiale. Tu t'en rappelle certainement. C'était magique. Montréal était baseball, que dis-je, le Québec entier l'était. À tel point que mon père en a profité pour claquer un coup de circuit. Bonsoioioioioioioirrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr! il est parti! Comme disait Jaques Doucet. Mais ça, c'était une autre histoire.
Donc, on regardait le match en mâchant de la gomme balloune, la mère de Ghiss était à préparer le souper pis moi je l'entretenais du cancer que pouvait causer le beurre en regardant du coin de l’œil la partie. Je sais, à la lecture de ce troublant fait scientifique, tu as une pensé pour Maria Shneider... Quoi qu'il en soit le match avançait puis à la neuvième manche, le ciel s'écroula sur nos Zamours. Klak! Rick Monkey frappa un long circuit. Ce son venait de mettre fin à la saison des Expos. Dévastés, Ghiss et moi regardions désespérément le gros téléviseur. Quelques minutes plus tard, la partie se termina tristement. Ce fut à ce moment que la caméra posa son objectif sur Gary. Le numéro 8 avait le visage défait par la défaite. Sans crier gare, ni terminus ou aéroport, il éclata en sanglot. Le ''Kid'' plongea son larmoyant visage dans ses mains, ses épaules tressautaient sous les sanglots longs. Là, je vis, je sus et compris, bien avant qu'Éric et Dan ne le beuglent tristement, qu'un homme ça pleurait aussi. Leçon de vie. Je prenais des notes. Si un héros comme Gary Carter pouvait pleurer dans une situation aussi tragique, j'imaginais aisément qu'un petit Flash Gordon pourrait à l'occasion en verser quelques unes aussi.
Quelques semaines après la défaite des Expos, mon père devait venir me chercher pour passer la fin de semaine en son absente compagnie. J'avais même annulé un rendez-vous salivaire à la patinathèque. Entre deux tours de pistes à patin à roulettes, aux sons des chansons de Pat Benatar, The Police et Kim Carnes je devais frencher Annie ''la cochonne''... Ce vendredi soir-là, j'attendis tranquillement mon père. Patiemment et impatiemment. Puis vers huit heures et demi, c'était comme si mes adversaires venaient de claquer un gros circuit. Un klak résonna dans mon cœur et dans mon âme. Il ne viendrait pas. Le tabarnak! Il se prenait pour mon Rick Monkey. Klak! Un autre circuit! Mon père n'apparut pas. Klak! Encore! Je ne frencherais pas ''la cochonne''. Je fis un Gary Carter de moi-même. En moins de temps qu'il n'en fallait pour swingner une balle rapide dans le beurre cancérigène, mes yeux prirent l'allure des chutes Niagara, le romantisme kitch en moins. Je compris alors que les larmes étaient le lubrifiant de la tristesse. Ainsi, mes larmes me lubrifiaient abondamment le chagrin qui en avaient grandement besoin. C'était le premier et le plus douloureux de tous mes spleens.
Ça faisait crissement mal. Heureusement! Mes larmes m'aidèrent à faire passer le motton. Quand j’eus finalement fini de brailler comme un receveur. J'en profitai pour écrire une carte de remerciement à mon maître es Larmes. Je lui écrivis simplement: Merci Gary. Tu m'as appris à pleurer. Comme un homme. Amitiés flashgordoniennes. Signé un Flash reconnaissant.
Je sais mon cher lecteur qu'une question te traverse l'esprit. Pourquoi tant de larmes? C’était fort simple, j'avais de la peine parce qu'Annie ''la cochonne'', outre sa sulfureuse réputation, avait de jolis cheveux frisés et un magnifique regard. Une belle chevelure bouclée, où je fantasmais d'égarer mes doigts... Les cheveux de Gary. De beaux yeux bleus dans lesquels je rêvais de me perdre... Les yeux de Bette Davis. Trame sonore d'une initiation aux longs sanglots.
Adieu Gary!